Traduction d’un article lgbT du Guardian

Voici une traduction que j’ai effectué pour l’AEC Toulouse durant le mois de mai. L’article original se trouve ici. Les images de l’article original n’ont pas été remises dans la traduction pour des raisons de copyrights.

Étant la seule trans dans le monde à faire partie d’un parlement, je veux m’assurer que nos voix sont entendues.

En Pologne et partout ailleurs, les personnes trans doivent veiller à ce que l’évolution vers des politiques plus sociales prenne en compte la manière dont ces personnes sont traitées.

Mon élection au parlement polonais en 2011 a provoqué un sacré remue-ménage. J’étais la première trans à être élue membre du parlement dans mon pays, et pour le moment, je suis la seule dans le monde. Je suis donc une personne connue et de temps à autres, les gens écoutent ce que j’ai à dire (d’ailleurs vous êtes en train de me lire). Mais ma célébrité illustre un étrange paradoxe auquel font quotidiennement face les trans au quotidien. Nous disposons d’une grande visibilité et nous sommes en même temps invisibles.

De manière individuelle, vous ne pouvez souvent pas nous manquer. Dans le bus ou dans la rue, beaucoup de personnes trans se démarquent, même si nous souhaiterions passer en tant qu’homme ou femme. Et parce que nous sommes facilement repérables, il est facile de nous intimider. J’ai cessé de compter le nombre de fois où l’on m’a abordée dans la rue ou bien que je me suis sentie menacée par l’involontaire attention d’hommes ivres qui pensent qu’il est drôle d’humilier une personne d’apparence différente de celle définie par la norme. La plupart de mes ami(e)s trans ont fait le même constat.

L’impact de ce sentiment anti-trans est parfois bien plus violent que la simple désignation. D’après le projet Trans Murder Monitoring Project ( NdT : http://www.transrespect-transphobia.org/en/tvt-project/tmm-results/march-2013.htm ), il a été reporté un total de 1123 meurtres de personnes trans dans 57 pays différents entre le 1er janvier 2008 et le 31 décembre 2012. Et les graphiques montrent une augmentation conséquente de ces meurtres durant les 5 dernières années. En 2008, 148 cas ont été rapportés, en 2009 217 et en 2012, 267 personnes trans ont été assassinées. La plupart des gens sont choqués quand ils voient ces chiffres et découvrent l’étendue de la violence à notre égard.

Je pense que c’est dû également au fait qu’individuellement nous sommes souvent trop visibles alors qu’en tant que groupe social nous sommes rarement entendu(e)s. Malgré le fait que 2 à 5 % de la population mondiale est trans (i.e personnes rencontrant des problèmes de dysphorie de genre), on parle rarement de la violence subie (voire des meurtres) par la population trans.

Alors que les droits de l’Homme des minorités ethniques, des homosexuels et des personnes handicapées sont maintenant pris très au sérieux et sont de plus en plus présents dans l’agenda international, les droits des personnes trans ne sont pas encore une priorité. 
Je mets ça sur le compte de la dérogation des trans aux normes de masculinité et de féminité, auxquelles beaucoup de gens sont attachés. La peur et l’inconfort que nous pouvons parfois provoquer se transforment en moquerie et mépris de la part de ceux qui sont au pouvoir et de certains présentateurs bien célébres (NdT : TV, radio …).

Même dans les communautés gays et les lesbiennes, que vous pourriez considérer comme nos alliés naturels, on se sent souvent comme un intrus gênant, comme un invité indésirable à une fête où l’on n’a pas vraiment sa place. En effet, la lecture pour Kaleidoscope Trust ( NdT : http://www.kaleidoscopetrust.com/ ) que j’ai faite le 17 mai à Londres marquera la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie (IDAHOT). Mais avant cette année, le « T » était absent, c’était simplement la journée IDAHO. Ce n’est qu’un petit exemple bien parlant.

Alors quel avenir ? Mon élection était-elle juste un feu de paille ou bien y a-t-il lieu d’être plus optimiste ? Le fait qu’en Pologne – un pays très catholique qui voit la sexualité et le genre de manière traditionnelle – une députée trans ait été élue est, je pense, très important. Je dis cela parce que mon élection coïncide avec une évolution générale de la politique de mon pays vers une vision plus libérale. Je suis assise dans le Parlement juste à côté du député homosexuel Robert Biedron qui est également membre du Palikot Movement dont je suis aussi membre.

Notre parti a emporté 10 % des votes lors de la dernière élection générale polonaise malgré nos idéaux dont la légalisation du mariage homosexuel, l’avortement et la marijuana.

Le fait que de plus en plus de pays aient une politique plus sociale, dont la légalisation du mariage homosexuel, est un changement sans équivoque du comportement social dans la partie ouest du monde. Le défi pour les personnes trans est de nous assurer que nos droits soient également pris en compte dans ce virage politique, et que nous devenions visibles pour de bonnes raisons.

2 réflexions au sujet de « Traduction d’un article lgbT du Guardian »

  1. Merci pour cette traduction.

    Ce témoignage est important, parce qu’il est porteur d’un message d’espoir. Il met en évidence un changement qui va dans le bon sens, et par les temps qui courent, c’est quand même quelque chose d’extrêmement rare…

    Un jour peut-être on arrivera enfin à un monde aux mentalités un peu plus évoluées qui prendront les humains, quel-qu’ils soient pour ceux qu’ils sont : des humains comme les autres, ni supérieurs ni inférieurs aux autres. Et ce sans distinction de genre, de couleur, de finances, de pouvoir, d’influence etc.

    La route est longue pour y arriver, mais ce genre de témoignage permet de le baliser et montrer un peu la voie, et c’est vraiment *très* important.

  2. J’ai remarqué exactement la même chose: les mentalités évoluent pour un cas, mais les autres il faut tout recommencer à zéro (ce qui est extrêmement frustrant). Mais je ne désespère pas qu’un jour on y a arrive…

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